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Bifurquer pour devenir paysan

jeudi 7 juillet 2022

Le 7 mai dernier, au cours de la remise des diplômes de la prestigieuse école Agroparistech, 8 élèves lancent à leur camarades un appel à bifurquer et dénoncent les enseignements uniformes et destructeurs pour la planète qu’ils ont reçu. Vu plus de 12 millions de fois, le discours fait mouche alors que la bataille des législatives bat son plein. Cet appel à déserter est-il le symptôme d’une nouvelle génération née avec les crises climatiques ?

Pour Caroline Dumas, chargée de mission Installation/Transmission de Terre de Liens, la réponse est nuancée. “Cette tendance à la ’bifurcation’ ne date pas d’hier” décrit-elle. Ses origines remontent à un mouvement des années 80. Surnommés les “créatifs culturels", il s’agissait principalement de personnes désirant établir un lien étroit avec la nature au travers d’une agriculture plus responsable. Une décennie plus tard, on ne parlait plus de créatifs mais de “career shifters”, des jeunes qui, initialement destinés à des métiers rémunérateurs, décident finalement de se tourner vers une carrière qui a “plus de sens”.

Selon Caroline Dumas, la nouveauté de cet appel à déserter est ailleurs. “Ce qui est nouveau ici, c’est que ces jeunes ont eu le courage de remettre en cause leur école et les enseignements qu’ils y ont reçus.” Ingénieure agronome diplômée en 1990, elle se souvient encore du sentiment de solitude qu’elle a éprouvé pendant ses études. “On pouvait redoubler si on osait faire son stage dans une ferme en biodynamie.” C’est donc avec une certaine émotion qu’elle a découvert la vidéo “des agros qui bifurquent” : “Avant, on bifurquait après avoir fait un bout de chemin. Désormais, ils n’attendent pas la fin de leur école pour oser le changement”.

S’investir dans les luttes pour la terre, choisir la paysannerie, tous ces jeunes ont en commun de s’engager pour une agriculture vivante, respectueuse de l’environnement. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne sont pas seuls. Aujourd’hui en France, 60% des personnes accueillies dans les points accueil-installation sont non-issues du milieu agricole (les NIMAs) “et bien souvent très diplômées” ajoute Caroline Dumas. “Ils sont une partie de la réponse au renouvellement des générations agricoles et il va falloir compter avec eux et s’adapter à leur besoins” ajoute-t-elle.

Nouveau rapport à la terre et à la propriété, recherche de sens, multi-activités… Les NIMAs bousculent aujourd’hui les circuits traditionnels du parcours à l’installation. “Ils se servent de ce qu’ils ont appris dans leurs parcours précédents pour créer des systèmes innovants : vente directe, création de marque, de gamme de produits… Ils apportent du nouveau au métier d’agriculteur. Ce sont de véritables entrepreneurs”. Problème, aujourd’hui leur parcours à l’installation s’apparente encore trop à un parcours du combattant. “L’accès à la terre est très compliqué pour ces profils qui arrivent dans le monde agricole sans capitaux ni réseaux. Et avec leurs projets plus ou moins innovants, ils sont parfois vus comme des extraterrestres.”

Développement de solutions de portage collectif de la terre comme le fait Terre de Liens, création d’espaces tests permettant de se faire la main dans l’attente de démarrer son activité, aides à l’installation qui favorisent les démarches agroécologiques le plus souvent souhaitées par les NIMAs, les solutions pour accompagner cette nouvelle génération sont nombreuses. Dans son dernier rapport sur l’état des terres agricoles en France, Terre de Liens pointe les incohérences de la politique d’installation en France et l’urgence de s’adapter à ces nouveaux profils. “Ce sont ces “NIMAs diplômés”, mais aussi les NIMAs aux profils moins “entrepreneurs” qu’il faudra savoir accompagner dans l’avenir, car sans eux, les 48 000 installations par an nécessaires au renouvellement des générations n’auront pas lieu !” conclut Caroline Dumas.

3 questions à Caroline Dumas, chargée de mission installation/transmission

Comment Terre de Liens accompagne-t-elle ces nouveaux profils ?
Historiquement, Terre de Liens est né pour permettre à toutes et à tous d’accéder à la terre, c’est donc dans notre ADN d’accompagner tous les porteurs de projet d’où qu’ils viennent. Au-delà des fermes que Terre de Liens achète et qui permettent à de nouveaux paysans et paysannes de s’installer, nombre d’outils comme Objectif Terres, notre Bon coin de l’agriculture paysanne, permettent à ces personnes non-issues du milieu agricole de trouver des pistes de terres à reprendre ou de demander un accompagnement en phase avec leur projet.

Ont-ils des besoins et des attentes différentes ?
La recherche de sens est au cœur de leur projet. À ce titre, il faut parfois les aider à confronter leurs idéaux avec la réalité du monde agricole aujourd’hui. La recherche de terres complexe, la nécessité de se faire la main avant de se lancer etc… Les NIMAs ont parfois besoin de plus de temps qu’une personne qui serait née dans le milieu agricole ou sur une ferme familiale.

Qu’appelez-vous de vos vœux pour accompagner cette nouvelle génération ?
Comme on l’a dit, cette nouvelle génération représente 60% des candidats à l’installation. Il est donc urgent que les chambres d’agriculture (premier point de contact) s’adaptent à ce nouveau type de profils, qu’ils ne soient plus vus comme des extraterrestres ou qu’ils ne trouvent plus porte close parce qu’ils souhaitent s’installer en collectif ou encore créer un équilibre entre activité agricole et non-agricole. C’est un changement de culture profond qui doit s’opérer et Terre de Liens et les réseaux de l’agriculture paysanne seuls ne pourront accompagner ce changement.

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