Terre de Liens

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Histoires d’asso #1

Terre de Liens Normandie, Imposer le foncier dans l’espace public

vendredi 1er mars 2019

Terre de Liens commence une série « Histoires d’asso » pour rendre compte de la diversité des associations qui constituent en grande part le mouvement. On débute par la Normandie !

Un démarrage sur les chapeaux de roue

Gaël Louesdon, aujourd’hui coordinateur salarié de Terre de Liens Normandie, raconte la naissance de l’association. « J’ai découvert Terre de Liens en 2006, lors d’un atelier de l’université d’été d’Europe Écologie les Verts animé par Sjoerd Wartena. J’ai accroché et je me suis investi bénévolement dans l’administration de Terre de Liens. Je travaillais déjà dans le secteur du développement rural puisque j’étais salarié de l’Afip et quand j’ai été licencié en 2007, j’ai profité de ma période de chômage pour faire connaître le concept de Terre de Liens ici à Caen avec l’appui des copains des réseaux d’économie solidaire. » L’association normande est née en avril 2009. Elle se donne alors deux ans pour poser ses bases citoyennes et techniques mais un an après le premier conseil d’administration, ils étaient déjà deux salariés et l’Association nationale les encourage à prendre notre autonomie.

Nous nous sommes jetés à l’eau !

Une association professionnalisée

Dans le réseau Terre de Liens, les Normands ont une spécificité très nette : depuis le début et avec force conviction, ils cherchent la professionnalisation et l’emploi. « Assez vite, nous nous sommes interrogés sur notre stratégie de développement. Notre analyse était qu’un salarié étant plus réactif et plus disponible qu’un bénévole, nous en avions besoin pour être crédibles auprès des acteurs de la région, explique Michel Caen, le président actuel de l’association. Cette ligne-là, nous l’avons toujours tenue, nous voulions un salarié par département sur les deux anciennes régions. Nous y sommes presque. » Leur approche était de couvrir le territoire et d’avoir des salariés généralistes, polyvalents. Aujourd’hui ils emploient cinq personnes et elles ont toutes, en plus de leurs fonctions générales à l’échelle départementale, des responsabilités spécifiques à l’échelle régionale. 

Ce sont les subventions des conseils régionaux qui ont ouvert le bal des financements. « Indéfectibles, quoique continuant d’être rogné depuis 2 ans, le soutien financier des deux ex-régions, et maintenant, de la Région nous aide beaucoup, détaille Gaël. Nous avons aussi convaincu l’Agence de l’eau que soutenir Terre de Liens revenait à protéger la ressource. Un projet européen nous aussi a permis un grand saut. » Aujourd’hui, certains départements se désengagent car la compétence agricole est confiée aux régions et la logique des contrats d’objectifs rend le travail de fond difficile. C’est pourquoi l’association développe la recherche de mécénat d’entreprise.

« Quand on cherche le mécénat, on sensibilise aussi de nouveaux relais, les employés et les clients de l’entreprise. C’est une autre manière de poser la problématique dans l’espace public, » reprend Michel Caen.

La terre, mais surtout les liens

Et pour Terre de Liens Normandie, c’est là le principal. Si l’installation de paysans et l’acquisition de fermes sont les objectifs les plus concrets de Terre de Liens, l’association s’est vite dit qu’elle ne pouvait s’en tenir à ça. « Nous devons nous adresser aux acteurs de l’espace public. Nous mobilisons beaucoup de ressources pour cela. Par exemple, en 2015, nous avons suivi de près le collectif qui occupait la ferme des Bouillons face à un projet immobilier du groupe Auchan. Quand Auchan a voulu faire valoir son droit à récupération par la force et avec l’appui de la puissance publique, nous avons même été sur le terrain de la lutte foncière dans une posture de ‘médiation engagée’, se souvient Michel. L’association tente d’assumer une intervention auprès de tous les acteurs en jeu dans une opération foncière, y compris au risque de se retrouver dans des configurations apparemment contradictoires. » Terre de Liens Normandie a fait le constat depuis 10 ans que les acteurs se retrouvent en conflit faute de savoir ou de vouloir se parler et construire ensemble des solutions.

Ainsi, l’association travaille plus souvent dans la coopération que dans la lutte. C’est ce qui lui vaut une reconnaissance institutionnelle et citoyenne.

La SAFER et plusieurs collectivités locales la considère comme un partenaire technique crédible. Sollicitée pour des acquisitions de plus en plus importantes, Terre de Liens Normandie n’est plus un ‘petit groupe de citoyen’, même si l’association recherche encore et toujours plus d’engagement citoyen : « Si les donateurs et actionnaires normands étaient tous et toutes adhérent·e·s, nous serions très contents et notre poids politique citoyen n’en serait que plus fort ! » affirment ensemble le coordinateur et son président.

Un double contexte foncier

En ce qui concerne les enjeux agricoles régionaux, Michel décrit à grands traits : « Aujourd’hui, la Haute et la Basse Normandie présentent des différences importantes. En Haute-Normandie, plus urbanisée avec les grands pôles que sont Le Havre et Rouen, on trouve une agriculture de grandes surfaces céréalières et une forte tension sur les possibilités d’acquisition de fermes paysannes. En Basse-Normandie, à part la plaine de Caen et de Falaise, le tissu de fermes est plus proche du concept paysan, encore que le paysage géographique est parfois trompeur car derrière le bocage morcelé peut aussi se cacher une concentration foncière et agricole ! » Ce terrain est plus propice aux opportunités d’acquisitions pour Terre de Liens, à condition que les propriétaires fonciers connaissent le mouvement... Quant à la bio, il y a des signes positifs du fait de la pression citoyenne pour une plus grande qualité de l’alimentation. Les collectivités se montrent plus sensibles au développement de l’agriculture biologique. La vraie difficulté reste d’installer des paysans qui portent de nouveaux modèles agricoles et d’entreprises, car la tendance reste à conforter les structures en place.

Dix ans de dynamique citoyenne

Les adhérents normands vont fêter cette année les dix ans de leur association. Avec un budget annuel autour de 300 000 €, elle fait partie des plus « grosses » associations au plan budgétaire dans le réseau Terre de Liens. 24 opérations foncières portant sur 20 fermes, dont 5 présentent du bâti, presque 300 hectares de terres achetées et autant en projet, 34 fermiers... La Normandie tourne vite !

Plus de 1000 Normands ont donné ou souscrit des actions et, selon les années, entre 200 et 300 d’entre eux s’engagent comme adhérents.

L’investissement solidaire des habitant·e·s appelle un travail salarié régional important pour que la Foncière et la Fondation puissent acheter des fermes. L’association cherche à renforcer son talon d’Achille : un bénévolat encore trop peu nombreux pour répondre au propositions foncières, mais aussi pour plaider partout en faveur de la question foncière, agricole et alimentaire. Depuis 2013, beaucoup d’énergie est mise sur le développement d’une appli qui fait prendre conscience de l’impact foncier et social des usages alimentaires. « Nous cultivons résolument un imaginaire positif fondé sur des utopies réalistes : nous pouvons installer dans les 20 prochaines années, installer trois fois plus de paysans et paysannes qu’aujourd’hui si nous relocalisons nos dépenses alimentaires tout en nous obligeant, citoyens et élus des territoires, à soutenir des installations en bio à taille humaine et le plus indépendantes possibles des agro-industries, affirme Gaël. Pour porter ce message et cette offensive politique, notre association a besoin de multiplier par trois aussi bien le nombre des bénévoles fortement investis dans l’association régionale, que le nombre d’adhérent·e·s d’ici la fin de l’année. Ce serait un beau cadeau pour nos dix ans ! »

La ligne de crête de TDL Normandie n’est pas simple à tenir, mais pour autant pas impossible. « D’un côté, il ne faut pas se déconnecter de la diversité socio-cultuelle des territoires que nous couvrons, et assumer une bataille politique qui peut cliver au sein même de nos membres, affirme Michel, et d’un autre, nous avons des responsabilités importantes liées à la gestion en commun du patrimoine acquis. Cela requiert une expertise professionnelle à la hauteur des attentes des citoyens et des fermiers. » Professionnaliser encore tout continuant à investir le tissu social de proximité et construire un acteur politique divers mais uni et singulier, tel semble être le défi actuel et pour pour l’avenir des Normands.

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