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Entretien avec Maëva, fermière à Quibou (Normandie)

mercredi 1er avril 2020

Installée à Quibou avec six autres producteurs, Maëva, paysanne-boulangère, raconte son quotidien depuis le début du confinement.

Maëva, fermière à Quibou (50)

En quoi consiste ton activité ?

Je suis paysanne-boulangère, agricultrice avant tout, et fais de la transformation céréalière en pain depuis l’été 2019. Étant fille de pâtissier et petite-fille de boulanger, je voulais faire honneur à mon grand-père, décédé il y a quelques années. Ce métier représentait pour moi une certaine forme d’indépendance qui m’attirait beaucoup. J’ai par ailleurs toujours mangé bio, surtout le pain !

Je travaille dans une vieille boulangerie en pierre et fais construire en parallèle un four à bois dans une boulangerie conventionnelle qui était à l’abandon. Le four sera beaucoup plus gros et me permettra de réduire mon amplitude horaire de travail. D’ailleurs, l’artisan qui fabrique mon four est actuellement confiné dans la boulangerie en rénovation. Il voit que je suis débordée et fait tout pour m’aider ; c’est un chantier qui prendra du temps, avec un temps de séchage relativement long !

Dans mon collectif agricole, qui existe depuis trois ans, nous sommes six : Martin, paysan brasseur, Antoine, maraîcher, Pauline, éleveuse de brebis pour de la transformation fromage, Thierry, en phase d’installation pour des poules pondeuses et volailles, et Philippe, éleveur de moutons pour de la viande d’agneau. Nous sommes presque tous présents sur le marché de Quibou, aux côtés d’autres producteurs (fromages de vaches, fruits secs, galettes bio, etc.)

Un dossier est en cours avec Terre de Liens, à qui nous avons fait appel pour nous accompagner dans l’acquisition d’un complément de terres.

Le confinement lié à l’épidémie de Covid-19 a commencé mi-mars. Comment cela se manifeste, pour toi et le collectif ?

Visite des essais au GAEC du pont de l’Arche (49) © Le Pain de mon grand-père

Il faut toujours se justifier sur le fait que le marché est nécessaire pour les gens. Expliquer sans cesse pourquoi notre marché est beaucoup plus sain que les supermarchés, ça m’agace !

Nous avons eu la chance d‘être soutenus par la maire, qui a été très réactive suite à l’annonce du premier ministre en rédigeant dès le lendemain un courrier pour le préfet. Nous avons donc dû changer le marché de lieu pour avoir un plus grand espace et séparer chaque stand. A chaque marché, nous mettons en place un point d’eau en plein milieu avec une table, du savon, etc., ainsi que des barrières entre chaque stand. Vu que nous faisons partie d’un collectif, nous sommes plus impactants et plus organisés, mais les installations sont plus longues et nous demandent d’arriver plus tôt ! Nous sentons malheureusement que nous sommes surveillés et que le moindre faux pas pourrait entraîner la fermeture du marché.

Lors des derniers marchés, les files d’attente s’étendaient sur plus de 15 mètres. C’est beaucoup de fatigue et de stress, nous nous mettons la pression nous-mêmes ! Antoine, le maraîcher, s’est fait aider pour servir. En effet, certains clients ne souhaitaient pas que les légumes soient touchés par tout le monde.

Heureusement, je m’aperçois qu’il y a de plus en plus de clients, qui sont rigoureux et respectent les mesures barrières. J’espère que ça va réveiller les consciences, celles de personnes qui ne venaient pas avant et qui s’aperçoivent du bien fondé de tout ça, que c’est important pour l’économie locale et que ce n’est pas forcément une contrainte !

Y a-t-il eu des impacts sur vos ventes ?

Lors du marché de la deuxième semaine de confinement, j’ai vendu mes trois fournées en une heure, soit l’équivalent de 105 kilos, et aurais pu vendre une ou deux fournées de plus ! Ca m’embête beaucoup de dire aux gens que je n’ai plus de pain, aussi j’essaie de m’organiser pour les prochaines semaines, pour en faire un peu plus. Le pain est un produit qui répond vraiment à la crise actuelle, donc en faire est presque un devoir ! Je continue par ailleurs à acheter de la farine supplémentaire car ce que j’ai semé date de l’année dernière donc je ne peux pas anticiper davantage.

Notre maraîcher, lui, a fait son plus gros marché depuis cinq ans ! Même au niveau de ses pré-commandes en ligne, les ventes ont triplé depuis trois semaines.

“Si ça continue comme ça, je ne vais pas pouvoir suivre”, m’a dit Antoine, le maraîcher, l’autre jour. “Le problème, si je fais plus de semis, c’est qu’il me faut plus de main d’œuvre. Et, ce que je sème maintenant, je ne le récolterai que cet été... Les légumes ne sont pas assez réactifs !”

Pour Martin, le brasseur, l’impact est surtout au niveau de son réseau de ventes car les restaurants et les bars sont fermés. En revanche, il réalise de bonnes ventes en Biocoop et au marché. Les gens boivent plus facilement de la bière étant bloqués à la maison ! Il va donc tenter un système de livraison à domicile la semaine prochaine.

Notre fromagère, Pauline, voit également ses ventes croître.

Votre clientèle a-t-elle évolué ?

Moissons manuelles © Le Pain de mon grand-père

Nous avons de nouveaux clients et c’est chouette, j’espère qu’ils continueront à venir après la crise !

Ils viennent notamment des communes limitrophes car d’autres marchés ont été interdits. Les clients habituels viennent toujours et prennent parfois des produits pour leurs voisins ou leurs proches. Le fils d’une cliente confinée prend du pain pour sa mère mais aussi pour lui-même, alors que ce n’était pas le cas avant !

Les clients me souhaitent souvent du courage, sentent que nous faisons un maximum d’effort. Une véritable solidarité s’est instaurée entre le producteur et le consommateur.

Dans cette période, où l’alimentation est primordiale, certains achètent dans les grandes et moyennes surfaces, d’autres privilégient le circuit-court et l’agriculture locale. Quelle est ta position sur ce sujet ?

Je n’arrête pas de me justifier au niveau de mon entourage, qui a l’impression que les marchés en plein air sont bien pires que les grandes et moyennes surfaces à cause de l’échange de monnaie et du contact entre les personnes.

Pour moi, c’est beaucoup plus sécurisant de venir sur le marché ! Nous sommes seuls à travailler dans nos exploitations, il n’y a aucun contact avec les personnes. En termes écologiques, le produit n’a fait que deux mains, contrairement aux grandes et moyennes surfaces qui impliquent le transport des produits par plusieurs personnes. C’est contraire aux normes que le gouvernement veut faire respecter vis-à-vis du confinement !

Enfin, je sens vraiment que tout le monde souffre au niveau mental. Pour certains clients, le marché est la seule sortie de la semaine, donc c’est d’autant plus important !

La main d’oeuvre sur la ferme est-elle suffisante ?

Visite des essais au GAEC du pont de l’Arche (49) © Le Pain de mon grand-père

Nous pouvons faire un appel à soutien au niveau local. J’ai la chance d’avoir un ami ainsi qu’un lycéen du BPREA paysan-boulanger de Coutances qui m’ont aidé ces deux dernières semaines. Mais la semaine prochaine, je n’aurai personne… Pour répondre à la demande actuelle, je vais en effet essayer de faire une fournée de plus, ce qui représente une contrainte en termes de fatigue et d’horaires.

Quant à l’appel national à soutenir les agriculteurs, je le vois plus comme une valorisation de l’électorat car, ces derniers temps, le gouvernement est mal vu par les agriculteurs... Comme c’est tendu au niveau des municipalités pour le second tour, ils récupèrent des voix !

Et le pain, dans tout ça ?

Le pain paysan, c’est le produit typique qui répond parfaitement à ce genre de crise sanitaire. C’est un pain qui se conserve une semaine, nous évitant d’aller tous les jours à la boulangerie acheter sa baguette - et de multiplier les risques de contamination !

Entretien réalisé par Constance Gard, Terre de Liens
Suivez Maëva sur sa page Facebook Le Pain de mon grand-père - Quibou

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