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Eau et agriculture : pouvoir aux élus locaux !

Publié le 18 février 2026 , mis à jour le 26 mai 2026

Table-ronde « L'eau, un sujet imbuvable... ou inconturnable ? », Académie du Climat, 5 février 2026

L’eau tend à devenir une ressource rare pour les années à venir : les quantités disponibles diminuent et la qualité se dégrade. En 2023, un quart de la population française a consommé une eau contaminée par des pesticides sans parler des excès de nitrates. Est-ce un avenir souhaitable pour tous ?

L’eau : une ressource vitale de plus en plus polluée

En Île-de-France, 70 % des eaux souterraines du bassin Seine-Normandie sont pollués (source AESN). Il en va de même pour les eaux superficielles, avec seulement 8 % des rivières en bon état. L’eau qui arrive dans nos robinets provient à 45 % des aires d’alimentation de captage (AAC) qui couvrent la moitié de la surface agricole utile du territoire francilien.

Or, l'agriculture est le premier émetteur d'intrants qui polluent les eaux et les sols (source : L'agriculture face aux enjeux environnementaux - Insee, 2020 ). La fermeture croissante des captages en Île-de-France (50 arrêts depuis 2015) est le meilleur témoin d’une situation préoccupante : la dégradation de la qualité de l’eau par la présence excessive de polluants d’origine agricole (nitrates ou pesticides) en est la cause. Ainsi, les pratiques agricoles conditionnent directement la qualité de l’eau, et la qualité de l’eau conditionne directement ce que l’on mange.

Les aires d’alimentation de captage (AAC) en Île-de-France, et la localisation des fermes Terre de Liens (points rouges)

Des risques pour la santé

Selon Pierre-Michel PERINAUD, coprésident de l’association Alerte médicale sur les pesticides et perturbateurs endocriniens (AMLP), cette situation est un enjeu majeur de santé publique. Si l’alimentation contient des quantités de produits nocifs plus importantes que dans l’eau, « l’une et l’autre sont interdépendantes car l’eau est le terrain de l'alimentation » précise-t-il. Donc sans eau saine, pas d'alimentation saine !

Les conséquences pour la santé sont l’augmentation des risques de cancers (prostate, vessie, etc.) des tumeurs cérébrales, des troubles cognitifs... C’est pourquoi maintenir un contrôle large et régulier de la qualité de l’eau potable est essentiel.

Dépolluer ou prévenir ?

Chaque année, la dépollution de l’eau coûte entre 260 et 360 millions d’euros sur les factures des ménages (source : Redevances 2024 - AESN). Jean-Claude OLIVA, directeur de la Coordination Eau Île-de-France, déplore qu’aujourd’hui on traite davantage les conséquences de la pollution de l’eau, et non les causes. Il fait état notamment des interrogations que soulève la recherche de nouvelles technologies de dépollution de l’eau comme l’osmose inverse qui peuvent s’avérer très onéreuses.

L’Agence de l’Eau Seine-Normandie (AESN) joue un rôle majeur pour la préservation de la ressource en eau en Île-de-France. Elle collecte des redevances qu'elle reverse aux acteurs qui agissent pour améliorer la qualité de l’eau. Cette mise en commun des moyens fait de l’AESN une sorte de “mutuelle publique de l’eau” selon Jean-Baptiste REVILLON, chef de service à l’AESN. Dès lors, privilégier la prévention semble plus rationnel : protéger la ressource coûte moins cher que de la restaurer. C’est pourquoi l’AESN co-finance, entre autres, avec Terre de Liens, l’installation de fermes “ à bas niveaux d’intrants ”, dont l’agriculture biologique, sur les aires de captage.

À la Tessonnerie (77), ferme en grandes cultures bio située sur une AAC, acquise par Terre de Liens avec un cofinancement de l'AESN et de la Mairie de Paris © @ferme la Tessonnerie

Les collectivités locales peuvent agir

Face aux pollutions agricoles, quel rôle concret les communes peuvent-elles jouer pour garantir une eau saine à leurs habitants ? Concrètement, elles peuvent sécuriser des pratiques agricoles vertueuses sur le long terme, restaurer et préserver les milieux aquatiques.

Le levier foncier est un des outils majeurs pour les communes : “ alors que les politiques classiques agissent sur les pratiques agricoles de manière à limiter l’utilisation d’intrants polluants, la politique foncière va plutôt agir sur l’usage et l’occupation des sols, par la mise en place de mesures d’aménagement du territoire ”. (Source : Foncier agricole, qualité de l'eau et intervention publique, Économie rurale, 2016).

Pour les collectivités ayant la compétence eau potable, de nombreux outils existent pour aller au-delà de simples mesures incitatives. Par exemple, la définition d’une stratégie foncière de protection, qui peut aller jusqu’à des acquisitions amiables avec des baux ruraux environnementaux (BRE) pour sécuriser des pratiques agricoles en adéquation avec l’environnement. Il est également possible de faire valoir le récent droit de préemption “eau potable” (articles L218‑1 à L218‑14 du code de l’urbanisme, qui donne à la collectivité une priorité à l’acquisition lors de la vente d’un terrain sur un périmètre défini au regard de la vulnérabilité de la qualité de l’eau).

À la ferme Terre de Liens La Fabrique Végétale (Seine-et-Marne), située sur une AAC. Dans toutes les fermes Terre de Liens, la signature d'un BRE est obligatoire. © Hélène Degrandpré

De plus, les collectivités peuvent activer des leviers contractuels et financiers, tels que les aides agro-environnementales, notamment les mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC), les paiements pour services environnementaux (PSE) ou encore les obligations réelles environnementales (ORE), pour soutenir financièrement les exploitants vers des pratiques plus favorables à la protection de la ressource en eau.

Ces outils n’ont rien d’automatique : leur mobilisation relève d’un choix politique. C’est à la collectivité de définir sa stratégie de préservation de la ressource en eau et de décider des leviers qu’elle souhaite activer en fonction de l’ambition de son projet de territoire.

La Communauté d’agglomérations Bourges Plus a mis en place plusieurs de ces outils : selon Rémi BROCHIER, animateur protection de la ressource en eau et alimentation durable, il s’agit d’un véritable pouvoir d’action des collectivités qui montre que l’eau peut devenir un levier de transformation agricole locale.

Les communes peuvent aussi agir sur la qualité de l’eau en participant à la structuration de filières alimentaires durables.

Par exemple, elles peuvent orienter les pratiques agricoles vers l’agriculture biologique en offrant des débouchés à cette filière. C’est le cas de la Métropole de Rennes qui, avec le projet Terre de Sources, utilise la commande publique de ses cantines pour acheter les produits des fermes engagées dans la protection de l’eau.

D’autres collectivités, comme la Métropole de Strasbourg, mettent en place des ordonnances vertes qui consistent à fournir des paniers hebdomadaires de légumes et d'aliments bio et de circuits courts pour les femmes enceintes.

Le jeudi 5 février 2026, la table ronde "L'eau, un sujet imbuvable...ou inconturnable? ", organisé par Terre de Liens et France Nature Environnement Île-de-France a réuni plus de 150 personnes, désireuses d’améliorer la gestion de la ressource en eau et de mieux comprendre les enjeux agricoles qui y sont liés. Ce moment phare, organisé à l'approche des élections municipales, a permis de mettre en lumière les leviers d’action pour les élus et les citoyens à l’échelon local.

Guide // Agir sur le foncier agricole : un rôle essentiel pour les collectivités locales

Destiné aux élus et techniciens des collectivités locales, ce document a aussi pour but d’accompagner les citoyens sur le terrain et de les aider à mieux comprendre le rôle des collectivités, leurs moyens d’intervention et ainsi mieux agir avec elles.

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Avec le soutien de l'agence de l'eau Seine-Normandie

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