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Publié le 31 mars 2026 , mis à jour le 31 mars 2026
“C’est parce que ça ne semblait pas possible qu’ils l’ont fait !”. C’est par ces mots que Benoît, fermier au Sillon Vert, commence le récit aux mille rebondissements de la ferme qui allait devenir la 50e acquise par la Fondation Terre de Liens. On vous raconte.
À Terre de Liens, les terres agricoles peuvent être achetées grâce à l’épargne citoyenne et aux dons au mouvement. Mais ce n’est pas tout : on peut aussi donner ses terres à Terre de Liens. La forme juridique de la Fondation Terre de Liens le permet. Et la préservation définitive des terres rendue possible par un tel don incarne des valeurs fortes qui sont au cœur de la mission du mouvement Terre de Liens : son rôle est précisément de sécuriser des terres de manière irréversible et d’assurer pleinement le maintien de leur vocation agricole dans le temps. En d’autres termes, sur ces terres, la spéculation est impossible, et elles deviennent en quelque sorte des biens communs dédiés à l’agriculture.
Mais si on revient au début de l’histoire, le Sillon Vert, ce n’est pas ça…
Christian, Bernard, Marc, Jacques, Ignace, Marcel, Bruno, Henri, … Béatrice et Benoît : un éducateur de rues, un Président de SAFER, 3 amis issus de grandes familles industrielles du Nord, un prêtre ouvrier syndicaliste, un enseignant, un ex agriculteur conventionnel, … et deux étudiants ont permis la création d’une ferme de 5 hectares en maraîchage bio en créant un Groupe Foncier Agricole (GFA). Voilà ce que nous raconte Benoît et qui plante le décor : des liens profonds entre de grandes familles engagées, qui font de leurs relations le socle d’un projet commun.
C’est en 1985 que tout commence : époque où Béatrice et Benoît travaillent sur leurs mémoires de fin d’études à imaginer un projet qui soit créateur d’emplois, de valeurs ajoutées environnementales et qui leur permette d’en vivre. Ils se lancent en 1986 juste après leurs études dans le projet agricole “Vert’ige”. 5ha à faire prendre vie, acquis par le GFA « Sillon Vert » dans la métropole lilloise. La proximité de la ville donne encore plus de sens à l’aventure agricole : le territoire est sujet aux enjeux spéculatifs et a besoin d’exploitations pour nourrir la métropole en circuit court.
Cette concrétisation est le fruit de complémentarité, complicité et coopération entre plusieurs mondes, plusieurs personnes, plusieurs milieux… mais des valeurs partagées sur les ambitions sociales et environnementales.
La ferme démarre. Elle crée ses propres magasins progressivement (après avoir tenté la restauration collective et expérimenté les marchés) : 1, puis 2 et 3 ! Les 3 magasins ont rejoint le réseau Biocoop pour un commerce juste et innovant.
En 2025, ce sont 34 personnes (25 ETP) qui font fonctionner le maraîchage et les 3 magasins grâce à quelques 3 500 clients réguliers, “exigeants mais tellement sympathiques”. Là encore, une histoire de liens.
A la fin des années 90, le GFA réfléchit à son devenir pour assurer la pérennité du projet. Le GFA porte plus qu’un projet agricole, il s’agit bien de valeurs et d’un projet de vie. Dans le milieu agricole, personne n’ignore toutes les difficultés des successions, des barrières à l’entrée des nouvelles générations agricoles. Les différentes familles qui avaient proposé leur aide pour construire le GFA sont elles-mêmes fatiguées de porter ce beau projet. Et pourtant, aucun d’entre eux ne souhaite que l’énergie militante investie dans le GFA ne s’arrête avec eux. C’est alors que leur route finit par croiser celle d’un mouvement citoyen qui chemine sur des valeurs parallèles : Terre de Liens.
Dès le début des années 2000, Vert’Tige interpelle alors ses client.es pour épargner … à Terre de Liens ! Puisqu’il imagine déjà un rachat des parts du GFA. Mais comme chaque histoire de donation ou de transmission, le temps est la clé. Les années 2003 / 2006 ne sont pas faciles. Le foncier n’est pas une priorité à cette époque. Puis les années suivantes sont un tourbillon : la croissance de la consommation des produits bio est exceptionnelle. Alors le sujet reste lointain.
Mais les actionnaires du GFA prennent de l’âge : le sujet redevient prioritaire par la force des choses. Les années passent et le projet Terre de Liens se matérialise.
“Terre de Liens Hauts-de-France intervient, nous bouscule, remet le dossier en haut de la pile … nous pousse à aller chercher l’aide des copains (Marc) et d’Aline, Stéphanie ou encore Lucie (Terre de Liens) pour faire avancer concrètement cette ambition validée en AG de transmettre le GFA à Terre de Liens” conclut Benoît.
“Au début, aucun notaire ne voulait mettre les mains dans le camboui” nous raconte Emmanuel Jaccaud, côté Terre de Liens. Et c’est vrai que l’histoire est inédite : ce ne sont pas les terres qui sont directement transmises, mais les actifs d’un GFA. Là encore, l’histoire mobilise un certain nombre de personnes pour trouver les bonnes voies juridiques. Et une fois de plus, l’inconnu se solutionne par le collectif et une seule réponse : c’est possible !
C’est en 2025, 39 ans plus tard, que le GFA se dissout en faisant don des ses actifs à la Fondation Terre de Liens : la belle histoire peut continuer sereinement, avec d’autres acteurs ! Benoît, avec son associé Alexandre, continue aujourd’hui de cultiver la terre, sans angoisse pour le devenir du projet de sa vie. Une histoire qui illustre “la force du collectif, la persévérance et l’engagement”, résume Emmanuel Jaccaud.
Le 25 novembre dernier, Terre de Liens Hauts-de-France, quelques client·es, des ami·es plantaient ensemble 300 m de haies supplémentaires pour améliorer encore l’écosystème ET pour ancrer la Fondation durablement à Wavrin, sur le territoire de cette longue histoire de terres… et de liens !
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