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Publié le 22 juin 2026 , mis à jour le 22 juin 2026
Devenu l'an dernier le tout premier fermier à intégrer le conseil d’administration de la Fédération Terre de Liens, Mathieu Lersteau croit dur comme fer au pouvoir du collectif en agriculture. Portrait d’un bénévole pas comme les autres.
[Ce portrait a d'abord été publié dans Chemins de Terre numéro 19, le magazine de Terre de Liens. Il a été rédigé par Barnabé Binctin.]
Mathieu Lersteau ne manque jamais de temps ni d’énergie, et encore moins d’idées, lorsqu’il s’agit de révolutionner l’agriculture. En 2010, alors salarié du réseau InPACT, il participe activement à la création de Terre de Liens Centre. Six ans plus tard, devenu lui-même paysan sur la ferme de Belêtre, il milite avec ses associés pour en faire l’une des toutes premières SCOP (Société coopérative de production) agricole de France. Pari gagnant : aujourd’hui, 8 associés y travaillent en polyculture sur 152 ha, en fermage avec Terre de Liens. Il n’y a qu’à voir le succès de la vente à la ferme, où les habitués garnissent leur panier de généreux légumes. À Dolus-le-sec (Indre-et-Loire), pas question de rater son tour, même au plein cœur de l’été. En ce dernier vendredi de juillet, Mathieu assure l’accueil avec le sourire fatigué des moissons achevées : blé, sarrasin et seigle seront bientôt transformés par le petit moulin installé à côté du fournil où les pains sont pétris à la main et cuits au feu de bois. Mais à 42 ans, Mathieu le sait mieux que quiconque, l’émulation doit aujourd’hui dépasser les frontières de ses seuls champs. Alors, en février dernier, il a naturellement déposé sa candidature lorsque la Fédération Terre de Liens a décidé d’ouvrir un siège d’administrateur à ses fermier-re-s. Une nouvelle responsabilité qu’il entend mettre au service de messages et d’objectifs qui lui sont chers.
Pour donner envie de devenir paysan, il faut démontrer que d’autres organisations du travail agricole, bien plus épanouissantes, sont possibles
« On doit passer du slogan à la réalité : pour défendre une vraie transformation agro-écologique du modèle, on a besoin de plus de bras dans les champs. Le simple renouvellement des générations ne peut pas suffire, il faut une vague massive d’installations paysannes. Autrement, c’est une agriculture toujours plus numérique, robotique et déshumanisée qui nous attend. Dans l’imaginaire collectif, le métier de paysan-ne reste encore trop associé à la dureté des conditions de vie. Pour redonner envie, il nous faut démontrer que d’autres organisations du travail agricole, bien plus épanouissantes, sont possibles. À la ferme de Belêtre, on travaille par exemple 35 h et on a tous cinq semaines de vacances par an ! »
« La restructuration des fermes en collectifs agricoles est l’un des moyens pour offrir de meilleures conditions d’installation. Aujourd’hui, la plupart des exploitations sont difficiles à reprendre en l’état, elles sont trop grandes et nécessitent énormément de capitaux. S’il faut s’endetter de 500 000 euros pour racheter son outil de travail, ça écrème forcément les candidat·es, en même temps que ça les enferme dans les mêmes logiques productivistes et technologistes. Mais cette fuite en avant n’est pas une fatalité. En mutualisant les moyens de production à plusieurs et en construisant un modèle basé sur des activités complémentaires qui fonctionnent en synergie, on peut retrouver de l’autonomie et rendre l’installation accessible au plus grand nombre ».
« L’enjeu, c’est de favoriser la rémunération du travail et non celle du capital, et le statut coopératif offre la meilleure garantie pour cela. L’outil de travail reste la propriété de la coopérative et les parts sociales ne peuvent pas faire l’objet de plus-value. Aujourd’hui, à Belêtre, on peut devenir associé·e-salarié·e-cogérant·e avec seulement 50 euros d’investissement (montant de la part sociale, ndlr). De plus, la SCOP permet une meilleure protection sociale. Mais cette structuration juridique reste méconnue du monde agricole et nous prive d’aides économiques importantes. Il faut militer pour reconnaître ce statut à sa juste valeur : une coopérative adossée à une foncière (ce que permet Terre de Liens), le droit d’usage plutôt qu’un droit de propriété, voilà la meilleure combinaison pour sortir l’agriculture de sa dérive spéculative ».
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