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Entretien avec Vincent Houdart, éleveur à Vispens

jeudi 30 avril 2020

Vincent, éleveur sur la ferme de Vispens, au coeur de l’Aveyron, nous raconte les impacts de la crise multiforme, liée au Covid-19, sur son activité.

Peux-tu te présenter, en quelques mots ?
Quand j’avais quinze ans, dans ma campagne dordognaise, j’ai confié à mes parents que je voulais être paysan. Ils m’ont répondu qu’ils n’avaient ni terre ni argent et m’ont demandé de faire autre chose… Je suis donc devenu charpentier ! Après avoir terminé ma formation chez les Compagnons du Devoir et travaillé quelques années, je suis parti un an en Nouvelle-Zélande pour faire du wwoofing. En rentrant, je souhaitais être à mi-temps formateur en charpente et à mi-temps paysan vivrier. Mais, le poste de formateur ne me convenant pas, je me suis convaincu : “Tu veux vraiment être paysan, alors vas-y !”. J’ai obtenu mon BPREA en 2014 puis ai fait du remplacement agricole pendant quatre ans, en Aveyron et dans le Tarn, en brebis et en vaches allaitantes, où j’ai pu m’inspirer de certaines pratiques (et éviter les activités chronophages). C’est à ce moment-là que j’ai rencontré un paysan qui m’a parlé de Vispens, où un associé s’en allait. Jusqu’à présent, ce qui nous bloquait, mon épouse et moi, était le tarif des fermes mais, grâce à Terre de Liens, nous sommes locataires ! Mon installation officielle en tant que paysan date de 2018.

Au début, je me suis concentré sur les prairies, l’implantation de céréales, les clôtures, l’amélioration des bâtiments… Maintenant, j’ai un taureau, vingt-quatre vaches Aubrac (qui sont dehors 80% de l’année) et leurs veaux, commercialisés en vente directe lorsqu’ils ont entre dix et douze mois. Nous sommes autonomes en foin et céréales, et achetons un peu de paille (qui constitue du fumier à mettre sur nos champs). Je privilégie le pâturage tournant, les prairies à flore variée, et travaille avec l’INRA de Toulouse sur la conception de prairies. Mon associée a quant à elle créé une ferme équestre éthique et pédagogique.

© Ferme de Vispens

Le confinement lié à l’épidémie de Covid-19 a commencé mi-mars, il y a un mois et demi. Comment cela se manifeste dans ton activité ?
Globalement, la charge de travail n’a pas bougé mais je suis forcé de redoubler d’attention concernant mon organisation. En effet, je ne peux plus aller quand je le veux dans les magasins pour les besoins de la ferme. Il faut par exemple anticiper davantage les commandes de graines car les délais de livraison ont augmenté. De plus, le garage mécanique agricole est fermé l’après-midi.

Pour plusieurs commandes, j’ai tout de même réussi à être livré à temps. J’ai ainsi pu, heureusement, vermifuger mes vaches avec des plantes, sans chimie, et avoir les sels minéraux nécessaires pour la mise à l’herbe. Je respecte les consignes du confinement car je ne veux prendre le risque de transmettre le virus ni à mes proches ni à mes clients !

Quels sont les impacts sur tes ventes ?
Hormis l’arrêt de la livraison auprès d’un restaurant fermé pendant le confinement, l’impact est énorme sur la vente directe : commercialisant en moyenne un animal et demi par mois, je n’ai pas assez de colis à proposer aux clients (habituels et nouveaux) qui passent par le site internet ou le réseau local ! À mon avis, si j’ai autant de commandes, c’est notamment parce que les enfants sont à la maison. Ils constituent des bouches à nourrir pour tous les repas puisqu’ils ne vont plus à la cantine et que les parents ont un peu plus le temps de cuisiner. Je continue également à approvisionner une Biocoop et une épicerie. En cette période d’épidémie, nombreux sont ceux qui veulent éviter les supermarchés. La consommation s’est déplacée !

Mais je ne peux malheureusement pas adapter l’élevage de veaux... Pour l’instant, je cherche encore de nouveaux clients mais, si ça continue à ce rythme, je vais certainement arrêter de le faire.

© Ferme de Vispens

Dans cette période, qui met en avant les problématiques liées à l’alimentation, certains s’approvisionnent dans les grandes et moyennes surfaces, d’autres privilégient le circuit-court et l’agriculture locale. Quelle est ta position sur ce sujet ?
Il y a un engouement réel pour la vente directe, qui prouve que les paysans existent ! Les clients sont rassurés par le fait que la viande n’ait pas été touchée par plusieurs mains. Nous avons pris l’habitude de nettoyer les manches des outils et, lorsque j’emballe puis fais les livraisons, je mets des gants (donnés par l’atelier de découpe) et un masque (récupéré grâce à une connaissance). Les clients ne craignent rien du tout, contrairement à ceux des grands magasins !

Il y a donc une recrudescence des commandes en circuit-court. Avant le confinement, il y avait beaucoup « d’agribashing », surtout concernant les éleveurs. D’un coup, nous avons eu l’impression de nourrir la France, c’est étonnant ! Néanmoins, circuit-court ne veut pas toujours dire bio. Je ne sais pas ce qu’il vaut mieux... Local et bio, ça a l’air mieux !

J’espère qu’après la fin du confinement les gens vont continuer à réfléchir sur ce qu’ils consomment et la manière dont ils le font !
Il y a soixante ans, les Français consacraient 30% de leur revenu à l’alimentation, aujourd’hui ils n’en consacrent plus que 15%. Les gens font moins attention à leur type d’alimentation et c’est dommage !

Mais je ne veux pas pointer du doigt, mon but est qu’il y ait de plus en plus de paysans en bio (certifiés ou pas, en tout cas dans l’esprit). J’essaie de fonctionner par l’exemple : je peux vivre avec moins d’animaux que la moyenne des agriculteurs et je peux tout de même en tirer un revenu et avoir une forme d’autonomie… Oui, c’est faisable !

Et financièrement, comment vous en sortez-vous, ton associée et toi ?
Concrètement, nous constatons une réelle baisse du chiffre d’affaire. Vu qu’on accueille du public avec les chevaux, tout a été annulé : les cours, les stages, les randonnées. Nous n’avons eu aucune rentrée d’argent du côté de l’activité équestre depuis le début du confinement et il va en plus être difficile de remplir les colonies de vacances prévues pour cet été ! C’est pourquoi nous avons fait la demande d’aide de 1500 euros proposée par le gouvernement récemment.
C’est là où l’on voit que les fermes multi-activités se complètent et où le circuit-court et l’autonomie jouent en notre faveur !

La main d’oeuvre sur la ferme est-elle suffisante ?
Comme tous les ans, je cherche un salarié pour m’aider, de mi-mai à mi-juillet, au moment des foins et des moissons qui s’ajoutent à la gestion courante (clôtures, vente directe, soin au troupeau, entretien mécanique, déclaration PAC, semi de couvert estival, etc.)

La situation actuelle ne change donc pas fondamentalement les choses !

Comment gères-tu ta vie de famille ?
Comme mon enfant de dix mois ne peut plus aller à la crèche, j’essaie d’être plus présent à la maison pour soulager ma compagne. L’autre jour, lorsque je vérifiais et installais les clôtures, je l’ai pris en porte-bébé… S’il pouvait aller à la crèche, nous serions soulagés et je pourrais retrouver mes pauses midi paisibles !

© Ferme de Vispens

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