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A la ferme du Pré-Tords, des vaches, de l’eau… et le retour de la Barge à queue noire!

Publié le 22 mai 2026 , mis à jour le 22 mai 2026

© LPO Vendée / Sylvain Gayot

Journée mondiale de la biodiversité

Breaking news ! Elles avaient presque toutes quitté nos contrées comme on quitte un vieil appart’ insalubre, mais en cette année 2026, elles ont été aperçues à la ferme du Pré-Tords dans le marais Breton, toutes échasses dehors. Nous parlons bien évidemment des trop méconnues mais non moins fameuses Barges à queue noire.

Et si l’on se réjouit aujourd’hui en cette Journée mondiale de la biodiversité, c’est parce que la Barge à queue noire, sous ses airs de ne pas y toucher, n’est pas revenue là par hasard. Derrière ses longues pattes et son drôle de bec, il y a toute une histoire de prairies remises en eau, de vaches maraîchines, de paysan·nes engagé·es… et d’un marais qui recommence à respirer.

De 1 à 10 couples : quand le marais reprend vie

La Barge à queue noire, c’est un peu la star discrète des prairies humides. Long bec, grandes pattes, démarche élégante : elle a le style d’un oiseau qui sait exactement où il met les pieds. Encore faut-il qu’il lui reste des endroits où les poser.

Car ces dernières décennies, la Barge à queue noire a payé très cher la transformation des campagnes : drainage des prairies humides, disparition des prairies naturelles, intensification agricole… Résultat : ses populations se sont effondrées un peu partout en Europe.

Alors à la ferme du Pré-Tords, voir le nombre de couples passer de 1 à 10 ces dernières années, ce n’est pas juste une bonne nouvelle pour les ornithologues passionnés, armés de jumelles et de bottes en caoutchouc. C’est surtout le signe qu’un milieu entier retrouve son équilibre.

Parce que la Barge à queue noire est exigeante. Elle a besoin de prairies humides ; d’herbes pas trop hautes ; de vers et d’’insectes en quantité ; de tranquillité pour nicher.

“Dans le marais, ça paraît plat, mais il y a en fait toute une micro-topographie essentielle pour garder l’eau et offrir de la nourriture à ces oiseaux”.
explique Marion Rabourdin de la LPO Vendée.

Depuis plusieurs années, plusieurs projets de restauration ont ainsi été menés par les paysan·nes sur les prairies humides de la ferme : création de mares, remise en eau de certaines parcelles grâce à de, petits bourrelets d’argile pour retenir l’eau dans les zones basses du marais — les fameuses “baisses”.

Ces zones humides deviennent alors de véritables réserves alimentaires pour les oiseaux.

Dès la naissance, les poussins mangent eux-mêmes des insectes. L’eau est donc une source de nourriture essentielle.” complètent Maud et Nicolas Rabiller de la ferme du Pré-Tords.

Les premières reproductions sont suspectées autour de 2015. Quelques individus arrivent en 2020, puis le noyau se consolide progressivement grâce aux restaurations engagées sur le marais.

Le Marais breton reste aujourd’hui le principal bastion français de la Barge à queue noire. Sur les 128 à 159 couples recensés en France, en 2023, entre 97 et 119 se trouvent sur ce territoire rétro-littoral, notamment dans les marais de Monts.

C’est la seule population française qui se maintient et progresse grâce à des fermes engagées pour protéger la biodiversité.
Marion Rabourdin

LPO Vendée

Les oiseaux des campagnes tirent la sonnette d’alarme

La Barge à queue noire n’est malheureusement pas seule à galérer. En France, près de 40 % des oiseaux des milieux agricoles ont disparu en trente ans. Et pendant ce temps-là, les populations d’insectes se prennent elles aussi une claque monumentale.

Pour beaucoup d’espèces, les campagnes sont devenues des déserts biologiques.

  • haies arrachées ;
  • prairies retournées ;
  • pesticides ;
  • zones humides asséchées ;
  • monocultures à perte de vue

Dans les marais, c’est encore plus sensible. Sans troupeaux pour pâturer les prairies naturellement, les milieux se ferment ou se dégradent. Et quand les prairies disparaissent, les barges, vanneaux, courlis et chevaliers gambettes disparaissent avec elles.

Barge à queue noire © LPO Vendée / Sylvain Gayot

Au Pré-Tords, des vaches qui bossent aussi pour la biodiversité

La bonne nouvelle, c’est qu’il existe d’autres façons de faire.

A la ferme du Pré-Tords, la LPO Vendée, Terre de Liens et les fermier·es travaillent main dans la main depuis plusieurs années pour préserver ces terres agricoles situées en plein marais breton.

"Ce n’est pas toujours facile de jongler entre ce qu’il faut pour les animaux que l’on élève et ce qu’il faut pour protéger la biodiversité. On recherche toujours le juste équilibre avec l’idée de ramener le plus possible la biodiversité sur notre ferme” explique Nicolas.

Maud et Nicolas se sont installés sur la ferme avec un élevage de vaches maraîchines destinées à la viande. Rustiques et parfaitement adaptées aux terrains humides, ces vaches locales jouent un rôle clé dans l’entretien du marais.

Ces vaches sont très adaptées au Maraiset à ses végétations, elles sont rustiques, ne voient quasiment jamais le vétérinaire et ne sont pas vermifugées. Ca évite d’arroser le Marais de bouses vermifugées, toxiques pour les petites bêtes s mangées par les Barges”, explique Marion de la LPO Vendée.

Leur pâturage permet :

  • de garder des prairies ouvertes ;
  • de limiter l’embroussaillement ;
  • de favoriser les insectes ;
  • de préserver les sols humides.

Dans nos pratiques, on essaie d’identifier où viennent les oiseaux, où ils nichent, et on pâture prioritairement là où il y a le moins de casse possible avec les vaches", ajoutent Nicolas et Maud.

Le troupeau est conduit de manière très extensive, avec peu d’animaux à l’hectare. Certaines zones restent volontairement non pâturées. Certaines parcelles ne sont pas fauchées avant la fin de la nidification. D’autres sont pâturées très tardivement pour préserver des espèces comme le hibou des marais.

Le maintien de l’eau présente aussi un intérêt agricole : il ralentit la pousse de la végétation et permet de garder de l’herbe verte plus longtemps dans la saison. C’est moins de foin utilisé en été et donc moins de fauches nécessaires.

Et pendant ce temps-là, la ferme continue de produire une alimentation locale distribuée en circuits courts. Comme quoi, produire et protéger la biodiversité ne sont pas forcément incompatibles.

Nicolas et Maud (ferme du Pré-Tords)

Soutenir des fermes qui font revenir le vivant

Le retour de la Barge à queue noire au Pré-Tords nous rappelle une chose essentielle : lorsqu’on protège les terres agricoles et qu’on accompagne des pratiques respectueuses du vivant, la biodiversité peut revenir. Même des espèces que l’on croyait condamnées à disparaître de nos campagnes.

Mais ces réussites ne tombent pas du ciel. Restaurer des prairies humides, préserver des haies et des roselières, maintenir des mares, accompagner des paysan·nes vers des pratiques favorables à la faune et à la flore : tout cela demande du temps, de l’énergie… et des moyens.

Avec son programme Biodiversité, la Fondation Terre de Liens agit concrètement depuis 2022 aux côtés des fermes pour recréer des paysages agricoles vivants et résilients.

Faire un don, c’est soutenir directement des fermes comme le Pré-Tords et permettre à d’autres paysan·nes de faire vivre une agriculture capable de produire tout en protégeant le vivant.

Parce qu’au fond, voir revenir la Barge à queue noire dans le marais breton, ce n’est pas seulement une belle histoire d’oiseaux. C’est la preuve qu’une autre relation entre agriculture et biodiversité est possible — et qu’elle mérite aujourd’hui d’être soutenue.

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