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Dermatose bovine: quand les crises sanitaires révèlent les fragilités du modèle d’élevage

Publié le 17 décembre 2025 , mis à jour le 18 décembre 2025

Bottes de paille representant une vache lors du blocage de l'autoroute A64 par des agriculteurs dont les bovins subissent la crise de la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) à Bordes-sur-Arize. ©Pat Batard/Hans Lucas

On est inquiets, on croise les doigts” déclare un éleveur de Haute-Garonne. Depuis plusieurs mois, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) frappe des élevages bovins et plonge de nombreux éleveurs et éleveuses dans une grande détresse. Au contact quotidien avec des éleveurs partout sur le territoire, Terre de Liens souhaite aujourd’hui exprimer sa pleine solidarité avec les éleveurs concernés. Face à l’urgence, le gouvernement doit apporter un soutien sans faille. Mais cette crise sanitaire pose aussi des questions de fond sur l’organisation de nos filières d’élevage, auxquelles il devient indispensable d’apporter des réponses structurelles.

"Le principal vecteur de tous ces problèmes, c’est le transport. [...] Il faudrait réduire les flux de marchandises, et pourtant, on est à deux doigts de signer l’accord du MERCOSUR” s'inquiète un paysan des Hautes Pyrénées

La mondialisation des ventes d’animaux vivants favorise la diffusion des maladies

Alors même que le nombre d’éleveurs ne cesse de diminuer en France, la taille moyenne des troupeaux continue d’augmenter. Aujourd’hui, les exploitations de plus de 100 vaches ne représentent qu’environ 15% des exploitations, mais concentrent près de 40% du cheptel bovin*. Cette concentration croissante, combinée à une forte spécialisation des exploitations et à des échanges d’animaux fréquents entre fermes et territoires, accroît mécaniquement les risques sanitaires. Dermatose nodulaire, peste porcine, grippe aviaire… Ces épizooties à répétition ne sont pas des accidents isolés, mais révèlent les limites d’un modèle d’élevage intensif, fortement intégré aux marchés mondiaux. “Il faut [en effet] réinterroger le modèle économique de l’agriculture aujourd’hui” indique un paysan de l’Ariège.

Dans une filière déjà fragilisée, marquée par un fort taux de pauvreté et des conditions de travail difficiles, le gouvernement doit apporter un soutien financier rapide et sans faille et une écoute ouverte aux propositions de terrain, aux éleveurs touchés par la dermatose. Mais la gestion de l’urgence ne peut faire l’économie d’une réflexion de fond sur l’organisation des filières d’élevage et leur résilience face aux crises sanitaires.
Astrid Bouchedor,

Responsable du plaidoyer de Terre de Liens

Relocaliser et simplifier les filières pour renforcer la souveraineté alimentaire

Alors que cette nouvelle crise sanitaire se généralise, et au lendemain des Assises de la souveraineté alimentaire, une question demeure centrale : quelle souveraineté cherchons-nous réellement à construire ? La France est l’un des premiers exportateurs mondiaux de bovins vivants, avec des animaux parfois envoyés à l’étranger pour y être engraissés avant de revenir sur le marché français. Réduire les transports d’animaux vivants, relocaliser l’alimentation et la transformation, mieux répartir les outils d’abattage sur le territoire : ce sont autant de leviers essentiels, régulièrement exprimés par les éleveurs, pour limiter les risques sanitaires, renforcer la résilience des élevages et redonner du sens à leur travail. Construire une véritable souveraineté alimentaire suppose donc de redonner toute sa place au dialogue avec les agriculteurs, afin de bâtir collectivement un modèle de production à la fois viable pour les éleveurs et répondant aux attentes alimentaires des Français.

Remettre l’humain au cœur de nos élevages

Prévenir durablement les crises sanitaires passe aussi par de meilleures conditions de travail et de vie pour les éleveurs. Sortir de l’injonction permanente à la concurrence mondiale, favoriser des fermes à taille humaine, diversifiées, transmissibles, et réorienter les soutiens publics vers ces modèles sont des conditions clés pour réduire la vulnérabilité sanitaire des élevages. Des exploitations à taille humaine permettent un meilleur suivi des troupeaux, une plus grande autonomie des fermes, et une production respectueuse des animaux, des territoires et de l’environnement.

* Source : Vet Agro Sup, Chaire Bien-être animal, Des élevages XXL en France ? https://chaire-bea.vetagro-sup.fr/des-elevages-xxl-en-france/

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