Assemblage inédit d’acteurs et actrices de la société civile, du monde agricole et de la finance solidaire, le mouvement Terre de Liens tire son originalité de l'articulation entre un réseau associatif actif dans toute la France, une entreprise d’investissement solidaire et une fondation reconnue d’utilité publique.
Partout en France métropolitaine, Terre de Liens agit pour préserver les terres agricoles. Découvrez notre réseau de fermes.
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Publié le 17 février 2026 , mis à jour le 17 février 2026
Louise Allavoine / Hans Lucas
À l’approche du Salon de l’agriculture et des élections municipales, Terre de Liens lance l’alerte sur le verrouillage de l'agriculture et de l’alimentation dans nos territoires. Aujourd’hui en France, 70% des fermes sont considérées comme intensives et commercialisent exclusivement en filière longue, majoritairement pour le commerce international.
Dans son nouveau rapport sur l’état des terres agricoles, Terre de Liens dénonce une agro-industrie qui accapare autant les terres que les politiques agricoles, orientant les régions vers des productions hyper-spécialisées incapables de répondre aux besoins alimentaires de leur population.
Depuis les années 60, la mise en concurrence des productions à l’échelle internationale a imposé aux industries agroalimentaires, et aux fermes voisines de se spécialiser et de se mécaniser pour rester concurrentielles. Terre de Liens dénonce aujourd’hui un système à bout de souffle qui atteint son paroxysme, sous le regard passif des pouvoirs publics.
La disparition des fermes s’accélère et va de pair avec une industrialisation toujours plus poussée de celles qui subsistent. Les fermes conventionnelles commercialisant exclusivement en filière longue représentent ainsi 70 % des fermes au niveau national.
Cette agriculture tournée vers l’industrie ne prend pas le même visage partout en France, mais dessine une somme de territoires hyper-spécialisés : zones de grandes cultures dans le Bassin parisien, les Hauts-de-France, la Haute-Normandie et l’ancienne Champagne-Ardenne, élevages spécialisés (porcin, volaille, bovin lait) dans l’Ouest de la France et bovin viande et lait dans le Massif central.
Terre de Liens sort son 5ème rapport sur l'état des terres agricoles. Au menu : agriculture, alimentation et démocratie ; comment l'agro-industrie accapare autant les terres que les politiques agricoles ?
Résultat, la moitié des départements français ont une capacité de transformation alimentaire déficitaire par rapport à la consommation de leur population, alors même qu’ils disposent d’assez de terres pour nourrir leur habitants. L’industrie du lait illustre cette aberration : le croissant laitier — Bretagne, Normandie, Pays de la Loire — rassemble plus de la moitié du cheptel bovin laitier du pays. La Mayenne peut ainsi produire deux fois plus de produits laitiers que les besoins de sa population, mais elle manque de fruits et légumes. Dans d’autres départements, on constate de véritables déserts laitiers.
Cette sur-spécialisation des territoires n’est pas seulement dangereuse pour notre alimentation. Elle condamne la population locale à un environnement pollué. En effet, plus une activité agricole est concentrée, plus elle exerce une pression forte sur les sols, l’eau et les écosystèmes, avec une importante consommation de pesticides et d’intrants chimiques. Résultat : des campagnes sur-productives, polluées, qui ne nourrissent pas. Un quart de la population vit dans une commune où les traitements pesticides ont augmenté ces cinq dernières années.
Les Français·es ont le souci d’aider une agriculture en détresse et de manger des produits de qualité issus du terroir. Feignant d’entendre les agriculteurs·trices et la population, le gouvernement a appelé fin 2025 au « patriotisme alimentaire » et a organisé dans la foulée les « Assises de la souveraineté alimentaire »… sans la société civile, qui n’y était même pas conviée. L’absence des « mangeurs et mangeuses » lorsqu’on parle alimentation est une habitude que l’on retrouve dans les instances de régulation agricole, nationales comme locales, trustées par les tenants de l’agriculture productiviste qui ont tout à perdre à la transition.
Les projets alimentaires territoriaux (PAT), un outil né en 2014 et pensé au service d’une territorialisation démocratique des systèmes alimentaires, fait partie de ces dispositifs dévoyés par l’agro-industrie, sous le regard complaisant des gouvernements successifs. Côté pile, la « Stratégie nationale alimentation, nutrition, climat » place les PAT au cœur de la politique alimentaire de la France, avec l’objectif d’en couvrir 80 % du territoire en 2030. Côté, face, l’État réduit drastiquement les moyens pour ce dispositif et abandonne les territoires, inégaux face aux représentants du modèle agricole conventionnel, déterminés à s’emparer des PAT :Chambre d’agriculture France s’est positionnée en 2025 pour récupérer l’animation exclusive de l’observatoire des PAT, et l’analyse des PAT montre que si le local fait bien partie des objectifs, rares sont ceux qui visent la transition, et encore moins l’agroécologie ou l’agriculture biologique.
Le circuit court a la cote et l’agro-industrie compte bien en tirer profit : elle exploite sans vergogne l’image d’une ferme ancrée dans son territoire et d’une agriculture artisanale, liée à la gastronomie française du terroir, pour développer un nouveau débouché pour ses produits de faible qualité. A l’image de la politique alimentaire Breizh Alim’. Sous couvert de favoriser les produits locaux sous l'appellation “produit de Bretagne”, la chambre d’agriculture régionale de Bretagne, avec le soutien politique et financier du conseil régional de Bretagne et des services déconcentrés de l’État, a largement facilité l'approvisionnement des cantines de lycées bretons en viande de porc, lait et œufs, certes "produits en Bretagne", mais pas moins industriels, écartant, de fait, les produits bio.
« On s’est retrouvé écarté du projet d’approvisionnement des lycées avec le conseil régional, mais aussi sur plein d’autres collectivités qu’on accompagnait depuis longtemps. (...) On se retrouve en concurrence avec le local qui ne remet pas du tout en question les systèmes agricoles bretons » témoigne un agriculteur biologique en Bretagne.
Ce projet illustre la stratégie des acteurs dominants du système agro-alimentaire pour transformer les critiques en opportunité économique, sans daigner répondre aux difficultés des agriculteurs. Dans le système agricole actuel, majoritairement conventionnel, on estime ainsi que les agriculteur·trices perçoivent seulement 6,80€ sur 100€ de dépenses alimentaires des ménages.
Le “local” sans changement des pratiques est un local hard discount. Il donne bonne conscience aux industriels, sans améliorer ni la santé, ni l’environnement, ni le revenu agricole
Chargée de plaidoyer de Terre de Liens
Les agriculteurs·trices en souffrance et la population désireuse de transition laisseront-ils leurs territoires se faire voler leur souveraineté alimentaire plus longtemps ?
Plus de deux millions de signataires se sont élevés l’été dernier contre la loi Duplomb, révélant la préoccupation de la population face aux impasses du système agricole et alimentaire. Le nouveau rapport de Terre de Liens « Agriculture et alimentation : une faim de démocratie locale » démontre que le poids de l’industrie agro-alimentaire dans les décisions publiques n’est pas une fatalité. Des dispositifs à l’échelle des territoires ont fait leur preuve et certains amorcent une transition profonde en installant de véritables démocraties alimentaires locales. Le renouvellement massif des élus municipaux à l’occasion des élections de mars prochain constitue à cet égard un moment démocratique majeur et une opportunité pour transformer nos systèmes alimentaires. A l’approche des municipales, Terre de Liens multiplie les actions auprès des élu·es et candidat·es pour leur demander de s’engager en faveur de mesures-clés dans les territoires pour une agriculture de proximité, nourricière et résiliente.
À propos de Terre de Liens
Terre de Liens est un mouvement citoyen visant à préserver les terres agricoles et à permettre l’installation de paysans et paysannes en agriculture écologique. Il associe un réseau associatif présent dans toutes les régions métropolitaines, une foncière, entreprise de l’économie sociale et solidaire, et une fondation, reconnue d’utilité publique. A travers ses collaborations avec de multiples acteurs, Terre de Liens met en œuvre un dialogue territorial et anime le débat public sur la question des terres agricoles.
Depuis 2003, Terre de Liens a acquis plus de 420 fermes et permis de préserver plus de 13 000 ha de terres agricoles dans toute la France métropolitaine.
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