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Pour une révolution paysanne qui tienne compte de la complexité de l’environnement et renoue avec le vivant

samedi 26 février 2022

Alors que le Salon International de l’Agriculture ouvre ses portes le samedi 26 février pour une semaine, nous, organisations agricoles, de protection de l’environnement et solidarité internationale, nous adressons aux candidats et candidates à l’élection présidentielle ayant prévu d’y défiler : face à un système agricole et alimentaire à bout de souffle, l’inaction de complaisance ou la fuite en avant technologiste ne sont pas des réponses à la hauteur. Nous appelons à une transformation radicale des politiques, indispensable pour prétendre à un avenir désirable pour les paysans et les citoyens, en France et à travers le monde.

Le système agricole actuel a provoqué un drame social et économique : le nombre d’agriculteurs et de fermes s’est effondré tandis que la pression économique pèse lourd sur les épaules de ceux qui restent. Constamment poussés dans une course effrénée à la surproduction, à l’agrandissement, et au surendettement, les agriculteurs sont soumis à une concurrence rude sur les marchés internationaux pour produire toujours moins cher. De plus en plus dépendants des multinationales de l’agro-industrie, ils peinent aujourd’hui à vivre dignement de leur activité. A l’autre bout de la chaîne, les consommateurs sont toujours plus nombreux à être confrontés à la précarité alimentaire. Le droit à une alimentation choisie, suffisante et saine pour tous les citoyens est bafoué en permanence.

La situation n’est guère plus satisfaisante d’un point de vue environnemental. L’industrialisation de la production animale, également source de nombreuses dérives en matière de bien-être animal, contribue massivement, entre autres, à la prolifération des algues vertes, au dérèglement climatique, à l’effondrement de la biodiversité et à la déforestation. La simplification extrême des productions végétales et la céréalisation de territoires entiers sont également à l’origine de graves dégradations environnementales.

Malgré ce désastre, les gouvernements se succèdent et s’obstinent dans la voie de l’industrialisation et de la libéralisation de notre agriculture. Incapable d’assumer un véritable changement de cap, les derniers choix de l’équipe gouvernementale privilégient des pratiques qui visent le profit à court terme, au détriment des fermes les plus petites et les plus diversifiées, de l’environnement et des citoyens. La seule année 2021 a été marquée par quatre échecs criants de ce gouvernement : le fiasco de la tentative de l’encadrement des prix, le retour des néonicotinoïdes, la remise à plus tard de la sortie du glyphosate et une déclinaison nationale de la Politique agricole commune catastrophique tant pour l’emploi agricole que pour l’environnement.

Pire, ces derniers mois, Emmanuel Macron, via son ministre de l’agriculture Julien Denormandie, fait la promotion frénétique du triptyque “génétique, numérique, robotique”, qu’il présente comme la planche de salut de l’agriculture. Mais à part servir les intérêts des entreprises qui produisent ces technologies, cette nouvelle fuite en avant technologique accroît la dépendance des agriculteurs à ces entreprises, aggravera leur endettement et ne contribuera pas à réduire les émissions de gaz à effet de serre, ni l’érosion de la biodiversité, ni la dépendance aux importations. Une fois pour toutes, il faut rompre avec la quête sans fin d’une compétitivité internationale et stopper les paris techniques fous : c’est faire preuve d’entêtement idéologique.

Plutôt que la troisième révolution agricole déconnectée de la nature proposée par Julien Denormandie, nous appelons à une révolution paysanne et citoyenne qui tienne compte de la complexité de l’environnement et renoue avec le vivant. Le système agricole actuel doit être repensé au profit d’une agriculture durable, plus locale et plus démocratique, et pour cela nous pouvons nous appuyer sur des alternatives portées par de nombreux acteurs aux niveaux local, national et international. Il ne manque que la volonté politique pour les soutenir et les faire advenir. Pour cela, une démocratie alimentaire impliquant citoyens et paysans dans les décisions est nécessaire : nous produisons, nous mangeons, nous décidons.

Plus que jamais, il est urgent de développer massivement l’agroécologie, qui présente les avantages d’être un modèle agricole à la fois pourvoyeur d’emplois et protecteur des écosystèmes et de la biodiversité. Les politiques agricoles doivent viser le maintien et l’installation d’un million de paysans qui vivent dignement et sereinement de leur métier, la diversité de productions, la relocalisation des échanges et la réduction des inégalités sociales, en prenant en compte les capacités agricoles des territoires. Et cela au profit de sols vivants, d’une biodiversité riche et fonctionnelle, d’un environnement sain, et d’animaux en bonne santé.

La liste des signataires de la tribune :
Emmanuel Aze, membre du directoire de l’Atelier paysan ;
Clotilde Bato, déléguée générale de SOL, Alternatives Agroécologiques et Solidaires ;
Bastien Beaufort, coordinateur de Slow Food en France ;
Geneviève Bernard, présidente de la fédération Terre de Liens ;
Evelyne Boulongne, administratrice et porte-parole de Miramap ;
Patrice Burger, président de CARI ;
Robin Cadeddu, coprésident de Combat Monsanto ;
Margot Chevalier, coprésidente de Chrétiens dans le monde rural ;
André Cicolella, président du Réseau Environnement Santé ;
Morgane Créach, directrice du Réseau Action Climat ;
Manuèle Derolez, déléguée générale du CCFD-Terre solidaire ;
Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France ;
Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre ;
Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne ;
Aurore Grandin, porte-parole de Sciences Citoyennes ;
Gilbert Julian, coprésident de Solidarité Paysans ;
Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France ;
Nadine Lauverjat, déléguée générale de Générations Futures ;
Gilliane Le Gallic, présidente de Alofa Tuvalu ;
Dominique Lebreton, administrateur d’Agronomes et Vétérinaires sans frontières ;
Aurélien Leray, président du réseau Civam ;
Robert Levesque, président d’AGTER ;
Marc Mangenot, administrateur des Amis de la Conf ;
Christian Marchal, délégué d’Extinction Rebellion 05 ;
Carole Piette, présidente de Bio consom’acteurs ;
Paul Reder, coprésident de la Fadear ;
Luc de Ronne, président d’ActionAid France ;
Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement ;
Nelly Vallance, présidente du MRJC ;
Françoise Vernet, présidente de Terre & Humanisme.

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