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Actualités
Publié le 3 juin 2026 , mis à jour le 4 juin 2026
Alors que ce 7 juin sera une journée mondiale dédiée à la sécurité sanitaire des aliments, et qu’une proposition de loi vient d'être votée à l’Assemblée Nationale sur le sujet, Terre de Liens revient sur les enjeux, en partie agricoles, de la vaste pollution des sols au cadmium.
Le cadmium n’est pas un pesticide, ni même un polluant éternel. Mais il n’en est pas moins dangereux. Il fait partie des métaux lourds (comme le zinc, le mercure ou le plomb, avec lequel il est souvent associé), et est naturellement présent dans les sols, à un taux plus ou moins haut.
Or les métaux lourds sont souvent toxiques pour les êtres vivants : c’est le cas du cadmium. Ils sont aussi d’autant plus dangereux qu’ils s’accumulent dans la chaîne alimentaire sur des durées très longues.
Par ailleurs, la concentration de cadmium dans le sol est augmentée par les activités humaines, dont l’agriculture, en ce qu’elle utilise des engrais phosphatés qui contiennent beaucoup de cadmium.
Jusqu’ici, tout va bien ? Non, évidemment. Les pesticides de l’agriculture intensive empoisonnent déjà durablement nos sols. Mais le cadmium constitue un scandale sanitaire de plus dont on découvre seulement l’ampleur : on le soupçonne d’être à l’origine d’une hausse drastique des cancers (notamment du pancréas) en France. Ce métal cancérogène peut également exposer à d’autres problèmes de santé majeurs (atteintes rénales, maladies osseusses, cardiovasculaires, troubles de la reproduction,....).
Or l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) est claire : près de la moitié de la population française dépasse les valeurs toxicologiques de référence pour le cadmium.
Après s’être concentré dans le sol, le cadmium suit la production agricole à partir des plantes cultivées comme le riz ou le blé. Il est ainsi particulièrement présent dans les céréales, le pain, les pâtes, les pommes de terre, etc. Par le biais de notre alimentation, il s’accumule dans notre organisme et peut ensuite détériorer notre santé. Mais ce n’est pas tout : on le retrouve aussi dans l’eau potable, dans le respect d’une limite stricte fixée par la réglementation parfois, et parfois… au-dessus.
Or, selon le niveau de notre exposition au cadmium, notre risque de cancer augmente de 2 Ă 5 fois.
L'agriculture est blâmée dans cette affaire à cause des engrais phosphatés. Selon l'INRAE, “La quantité de cadmium qui entre chaque année dans les sols provient pour 50 à 70 % environ des engrais phosphatés, mais cela représente moyenne moins de 0,1 % du stock total actuel des 30 premiers centimètres de sol. Une contribution faible mais qui dans 100 ans correspondrait à 10 % du stock actuel de cadmium dans les sols.”
En d’autres termes, il faut différencier :
Les engrais sont responsables en grande partie de la pollution au cadmium. Mais ils sont surtout utilisés dans l'agriculture intensive : en voulant produire toujours plus et toujours plus vite, sur des surfaces toujours plus grandes (coucou la loi d’urgence agricole par exemple, tout juste votée à l’Assemblée Nationale), on entretient un modèle agricole qui nous empoisonne.
L’agriculture agroécologique, au contraire, propose d'entretenir des fermes à taille humaine, et qui se questionnent sur leurs pratiques.
Comme l’écrit le média Reporterre: “Selon les données de Santé publique France, l’imprégnation moyenne des Français adultes [ de cadmium ] a quasiment doublé entre 2006 et 2016, passant de 0,29 microgramme par gramme (µg/g) à 0,57 µg/g. Pour les enfants, le taux moyen est de 0,28 µg/g, ce qui est quatre fois plus élevé qu’en Allemagne et quinze fois plus qu’au Danemark.”
Pourquoi ? La France importe largement sa nourriture, alors qu’elle aurait la capacité de nourrir ses habitants (voir notre rapport #4), et importe aussi des engrais. Ceux-ci viennent majoritairement du Maroc, qui a un sol naturellement très chargé en cadmium.
Mais au-delà de ça, le problème est aussi politique : la concentration maximale autorisée dans les engrais en France dépasse les recommandations, elle est toujours de 60mg/kg. L’Agence nationale de sécurité sanitaire préconise de l’abaisser à 0,20mg/kg depuis 2019. C’est notamment ce qui est débattu en ce moment même à l’Assemblée Nationale, et qui occasionne des rassemblements et manifestations citoyennes.
[EDIT : la proposition de loi Biteau, qui permettrait d'abaisser ce fameux seuil, vient finalement d'être votée à l'Assemblée Nationale ce 3 juin 2026]
Il serait difficile de vous dire que les sols cultivés en agriculture biologique ne sont pas concernés par le problème puisque le cadmium s’accumule sur des échelles de temps extrêmement longues, et qu’il reste ensuite dans le sol (que celui-ci soit ensuite cultivé en agriculture biologique ou conventionnelle ne change pas le passé). Cela dit, en agriculture bio telle que pratiquée sur les fermes Terre de Liens, les engrais de synthèse sont prohibés, et les engrais phosphatés quasiment jamais utilisés : ce type d’agriculture ne contribue quasiment pas à la pollution au cadmium.
Mais toute cette affaire remonte même plus haut : l’agriculture biologique de manière générale valorise la protection sanitaire des citoyens et le respect des alertes scientifiques. Les mobilisations des acteurs de l’agroécologie contre la loi Duplomb a d’ailleurs montré leurs priorités. Dans sa philosophie même, l’agriculture bio favorise la protection de nos terres et le soin de nos santés plutôt que les profits d'un système agricole que l’on découvre de plus en plus inadapté. Comme le rappelle la FNAB, il serait extrêmement injuste de mettre dans cette affaire l’agriculture conventionnelle et l’agriculture biologique dans le même sac, alors que la première vote les loi d’urgence et Duplomb, qui visaient par exemple à réintroduire des pesticides interdits, et que l’autre a toujours soutenu les mesures favorisant une agriculture juste et durable, et le maintien ferme des lignes rouges environnementales et sanitaires.
En bref, Terre de Liens suit avec attention les découvertes et discussions autour de la contamination au cadmium. Cette grave situation sanitaire nous montre une nouvelle fois le besoin de repenser notre modèle agricole comme nous le prônons depuis des années, en mettant le vivant au coeur, et non la seule productivité. Ce que nous épandons sur nos terres aujourd’hui se retrouvera dans nos organismes demain, et le cadmium ne fait pas exception.
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