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Eau et agriculture : qui aura la dernière goutte ?

Publié le 28 juillet 2026 , mis à jour le 28 juillet 2026

© Bob Brewer

Alors que les canicules critiques se multiplient et que l’eau disponible se raréfie, chaque été les regards se tournent vers l’agriculture, premier secteur consommateur d’eau en France. Et les questions fusent : comment faire face aux sécheresses inévitables de notre trajectoire climatique ? Doit-on prioriser l’irrigation des champs sur les besoins des citoyens en eau ? Les fermes ne pourraient-elles pas devenir des solutions pour préserver l’eau ? Faut-il arrêter certaines cultures trop gourmandes ? Bref, qui aura la dernière goutte ?

Au commencement était l’eau : comprendre les usages de l’eau et l’agriculture

L’eau douce, qui provient des glaciers, des lacs, des cours d’eau et des nappes phréatiques représente à peine 3% de la totalité de l’eau de notre planète. Et encore, les deux tiers sont en fait de la glace. Même si nous ne réfléchissons plus vraiment lorsque nous ouvrons notre robinet, à l’échelle de la Terre, l’eau douce est donc une ressource finalement très rare. Et elle se raréfie encore avec le dérèglement climatique.

À l’échelle de notre pays, la France, l’eau douce est une ressource jusqu’ici plutôt abondante. Mais à certaines périodes de l’année, et selon les endroits, même dans nos territoires relativement privilégiés, l’eau vient à manquer.

Et cette eau douce, à quoi est-elle utilisée ? Autrement dit : à quels usages va-t-elle finir par manquer ?

La consommation d’eau douce (partie de l'eau prélevée et non restituée aux milieux aquatiques) en France est répartie entre différentes activités (moyenne 2010-2019) :

  • 58% pour l’agriculture ;
  • 26% pour la production d’eau potable ;
  • 12% pour le secteur de l’énergie (refroidissement des centrales électriques) ;
  • 4% par l’industrie (touristique et agroalimentaire notamment).

Source : https://www.notre-environnement.gouv.fr/actualites/breves/article/prelevee-ou-consommee-comment-compter-sur-l-eau?type-ressource=indispensable&lien-ressource=213&theme-ressource=439&type-liaison=indispensable&ancreretour=ressources

Lors de sécheresses, ce sont les préfets qui prennent des décisions au niveau local pour décider de restrictions ou de seuils pour les prélèvements d’eau, différents selon les usages. Or comme l’agriculture est la plus consommatrice, c’est souvent elle qui se retrouve au cœur des discussions sur l’utilisation de notre précieux or bleu.

Et pourquoi l’agriculture utilise-t-elle autant d’eau ?

Pour l'irrigation

Principalement à cause de l’irrigation (le fait d’arroser les cultures pour qu’elles poussent correctement et qu’elles atteignent une forme et un goût optimaux pour l’alimentation). En se reposant seulement sur les précipitations naturelles pour faire grandir les cultures, les risques d’aléas sont nombreux, et la croissance des productions agricoles pourrait en être affectée. D’où l'intervention humaine avec l’irrigation : l’eau est en fait un enjeu de sécurité alimentaire. Selon Ipsos en 2025, 66% des agriculteurs déclarent avoir perdu plus de 20% de leur production du fait des aléas climatiques, et un sur deux a été victime d’une sécheresse dans les 3 dernières années.

Pour l'élevage

Mais aussi à cause de l’abreuvement des animaux d’élevage, moins gourmand en eau que l’irrigation des cultures, mais vital et non négligeable malgré tout.

Ces besoins massifs en eau sont rarement visibilisés dans les préoccupations des agriculteurs rapportées au grand public, certainement car d’autres inquiétudes comme le revenu ou le débat autour des pesticides prennent le pas, mais l’angoisse autour de l’eau et d’un éventuel stress hydrique est bien palpable dans les études de terrain sur le sujet :

Préoccupations des agriculteurs en 2025 © Ipsos pour Sun'Agri

De l’eau douce en masse doit donc être apportée à l’agriculture si nous voulons protéger notre souveraineté alimentaire déjà brinquebalante, et protéger également l’activité économique de celles et ceux qui nous nourrissent, largement inquiets.

Mais comment faire ? Va-t-on manquer d’eau ?

Va-t-on manquer d’eau ?

À mesure que l’eau se raréfie, ce sont surtout des conflits d’usage que l’on va voir apparaître. À qui donne-t-on le droit de s’accaparer l’eau, et au détriment de qui ?

La loi d’urgence agricole, votée il y a quelques jours, favorise ainsi l’accaparement de l’eau par une agriculture industrielle qui ne remet pas en question son modèle de production extrêmement gourmand en eau et intensificateur du changement climatique. Cela suscite des oppositions légitimes, comme cela avait déjà été le cas dans le cadre de l’opposition aux méga-bassines en 2023, documenté ici par Partager C’est Sympa, qui disait déjà “La guerre de l’eau a commencé”. Proposer des situations court-termistes qui, sur le long cours, ne font qu’aggraver le problème, c’est ce qu’on appelle des “mal-adaptations” au changement climatique. Terre de Liens est régulièrement mobilisé contre ces fausses solutions agricoles, comme dans le cas de cette loi d’urgence. L’enjeu de l’eau, avec ces conflits d’usages et l’accaparement dont elle va faire l’objet, est donc un enjeu démocratique au-delà d’être un enjeu agricole.

En bref, bien sûr l’eau est moins disponible et va devenir un enjeu vital pour beaucoup de secteurs. Mais c’est surtout ce que nous faisons, collectivement et démocratiquement, de sa raréfaction qui suscite des tensions et des bras de fer politiques en ce moment. D’ailleurs, d’autres questions que “Va-t-on manquer d’eau” se pose et peuvent nous redonner du pouvoir d’agir :

  • Quelles sont les techniques consommatrices d’eau utilisées aujourd’hui en agriculture, et ne pourrait-on pas les changer ? Par exemple pour l’irrigation, il existe des techniques beaucoup plus économes en eau que d’autres (le goutte-à-goutte par exemple, qui permet de perdre moins d’eau).
  • Peut-on opter pour des cultures plus adaptées ? (Le maïs est une plante faite pour pousser dans des climats tropicaux par exemple, avec beaucoup d’humidité : cultivé en France, il demande une quantité d’eau astronomique qui pourrait être utilisée de manière plus raisonnée sur des cultures mieux adaptées).
  • et plus globalement, en sortant des schémas productivistes, en regardant du côté de l’agroécologie que nous cultivons à Terre de Liens, ne peut-on pas trouver les solutions pérennes pour limiter l’usage de l’eau ? (Remettre des arbres au milieu des cultures pour ombrager et éviter l’évaporation trop rapide de l’eau ; le paillage des sols, la diversification des cultures pour limiter les risques sur une exploitation,...)

Spoiler alert : oui des solutions existent. Elles passent nécessairement par des mécanismes d’adaptation et un changement profond de modèle pour atténuer les effets du dérèglement climatique et assurer la survie des agriculteurs et leurs fermes. À Terre de Liens, nous en faisons l’expérience sur le terrain.

À Terre de Liens, nous préservons la ressource en eau grâce à nos fermes paysannes et bio

À Terre de Liens, l’agroécologie est évidemment notre plus grande alliée pour :

1° limiter les dégâts du changement climatique

2° Adapter les fermes pour survivre aux effets qui sont déjà cruellement palpables

En bref, garder les pieds sur Terre.

C’est d’ailleurs tout l’objet de notre programme Eau et Changement Climatique qui accompagne les fermes Terre de Liens à devenir résilientes et les met en réseau pour renforcer le partage de pratiques.

Mais de manière générale, à Terre de Liens, nous soutenons un modèle d’agroécologie, notamment via l’outil qui nous lie aux fermiers des terres acquises : le bail rural environnemental. Derrière ce nom barbare se cache un principe très simple : en tant que locataire d’une ferme Terre de Liens, le fermier s’engage à travers ce bail à respecter des clauses environnementales sur sa ferme, au titre desquelles l’obligation de cultiver les terres ou faire de l’élevage en bio, mais aussi le principe de rotation des cultures pour favoriser la régénération des sols, la restauration des haies ou des mares pour la biodiversité, etc.

Il n’est pas anodin que sur les six Agences de l’eau en France métropolitaine, cinq ont déjà apporté des subventions conséquentes à Terre de Liens pour l’achat de terres, parfois jusqu’à 80% de leur valeur. Ces partenaires participent ainsi à faire avancer le débat en considérant que la maîtrise (acquisition) et l’usage (mise à bail avec des clauses environnementales) du foncier agricole sont des leviers efficaces et pertinents pour la préservation de l’environnement, et donc de notre eau. C’est aussi pourquoi depuis sa création, l’Agence de l’eau Seine-Normandie (AESN) fait partie du conseil d’administration de la Fondation Terre de Liens, auquel elle siège aux côtés des Conservatoires d’espaces naturels (CEN).

Faire pousser des fermes en travaillant avec le vivant plutôt que contre lui, c’est aussi permettre de :

1° préserver la qualité de l’eau sans y rejeter de pesticides

2° préserver la quantité d’eau en respectant la ressource via de nouvelles pratiques et cultures, plus adaptées aux conditions climatiques nouvelles.

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